PROGRAMME
JEUDI 06 MAI
MATIN
10h30. Accueil.
11h-12h30. Fabien DELMOTTE (Doctorant, Sophiapol, Université Paris Ouest Nanterre La Défense) :
Repenser la perspective d’émancipation. Retour critique sur Socialisme ou Barbarie
12h30-14h. Pause midi.
14h-15h30. Antoine CHOLLET (Politologue, Université de Lausanne) :
Le désordre contre l’organisation : sur les divergences théoriques entre Lefort et Castoriadis à l’époque de Socialisme ou Barbarie
15h30-15h45. Pause café
15h45-17h15. Martin LEGROS (Philosophe, rédacteur en chef de Philosophie Magazine) :
La question du pouvoir : au coeur du différend Lefort/Castoriadis
VENDREDI 07 MAI
MATIN
09h-10h30. Plinio PRADO (Professeur de philosophie, Université de Paris VIII Vincennes/Saint Denis) :
Le retrait du politique. Marxisme, amitié et deuil dans Socialisme ou Barbarie au tournant des années 60.
10h30-10h45. Pause café
10h45-12h15. Philippe CAUMIERES (Professeur agrégé de philosophie) :
Redéfinir la modernité.
12h15-14h15. Pause Midi
APRES-MIDI
14h15-15h45. Daniel FERRAND (Professeur de mathématiques, Université de Rennes 1, ancien membre de Socialisme ou Barbarie) :
Militer.
15h45 -15h45. Pause café
15h45-17h. Echange avec Daniel Blanchard, ancien membre de Socialisme ou Barbarie, animé par Philippe CAUMIERES,
17h-18h. Discussion ouverte.
Renseignements : sklimis@fusl.ac.be
Facultés universitaires Saint-Louis
Salle des Examens
Boulevard du Jardin botanique , 43
1000 Bruxelles
Castoriadis sur l’agora philosophique.
(L’influence de Socialisme ou Barbarie sur la pensée française de l’après-guerre)
Argumentaire
L’histoire du groupe Socialisme ou Barbarie ressemble à celle de toutes les avant-gardes : extrêmement isolé durant son existence (1949 – 1967), il est devenu quasi-mythique aujourd’hui sans que son apport théorique soit mieux connu. La critique de la bureaucratie qu’il a développée n’a guère été lue par les courants de la gauche critique, et s’il a influencé la mise en cause du marxisme dans le champ intellectuel français à la fin des années 70, c’est au prix d’une dénaturation profonde de ses idées.
La notoriété acquise par le groupe à partir de Mai 68, n’a donc pas été synonyme d’une prise en compte effective de sa production. Son rayonnement se manifeste sans doute davantage au travers des pensées qu’il a inspirées. Véritable laboratoire d’une activité militante qui entendait bien dépasser l’opposition entre théorie et pratique, ce groupe, presque confidentiel, marqué par les figures de Castoriadis et Lefort, ses fondateurs, a su attirer à lui des figures qui ont compté dans le champ intellectuel à partir des années 60 – que l’on songe, pêle-mêle, à Guy Debord, Jean Laplanche, Alain Guillerm, Gérard Genette, Daniel Blanchard, Jean-François Lyotard, Pierre Souyri, Maurice Rajsfus, Daniel Mothé, Henri Simon, Vincent Descombes, etc. – et tisser des liens avec nombre d’intellectuels de renom de Jean-Pierre Vernant à Edgar Morin en passant par Maurice Nadeau.
S’il paraît impossible de discerner la part exacte qui revient Castoriadis dans ces influences, du moins est-il possible de cerner son apport comme penseur original en tâchant de prendre la mesure des spécificités de son œuvre par opposition avec celles de ceux qui l’ont côtoyé. Une chose est en effet l’accord sur l’analyse des systèmes bureaucratiques – qu’ils soient staliniens ou capitalistes –, une autre les propositions concrètes et les affirmations positives que l’on peut en tirer. On sait que la redéfinition de l’objectif révolutionnaire, consécutive à l’analyse de la nature des rapports de production en Russie proposée par Castoriadis en 1949, a suscité de vives tensions au sein du groupe concernant la question du militantisme et du parti révolutionnaire. Une fois acquis que l’on ne pouvait se contenter de lutter pour l’appropriation collective des moyens de production mais qu’il fallait plutôt viser « l’abolition de la distinction fixe et stable entre dirigeants et exécutants dans la production et dans la vie sociale en général » (Castoriadis, La société bureaucratique, Paris, Bourgois, 1990, p. 21), il restait à penser la nature d’une organisation à construire pour mener une telle lutte qui soit à la fois efficace et non bureaucratique. C’est à ce propos que de vives tensions s’exprimèrent, conduisant Lefort et quelques militants à prendre une première fois leurs distances avec le groupe avant de susciter leur départ définitif quelques années plus tard. On sait également que la critique développée par Castoriadis à l’égard du marxisme ne fut pas acceptée par tous et provoqua une nouvelle scission : Jean-François Lyotard, Pierre Souyri, Albert Véga, notamment, formeront une « anti-tendance » avant de quitter le groupe.
Ces crises ne furent pas conjoncturelles : l’évolution des pensées de chacun montre clairement qu’elles signent des divergences de fond concernant aussi bien la réalité du pouvoir, la légitimité de la révolution que la nature du social. L’objectif des journées de 2010 est de préciser ces divergences tout en cherchant à mesurer l’influence qu’aura eue l’expérience de Socialisme ou Barbarie sur ceux qui en firent partie.